
En bref
L’ostéoporose est silencieuse : elle ne provoque aucun symptôme avant la première fracture. L’ostéodensitométrie (DEXA) est l’examen de référence pour mesurer votre densité minérale osseuse avant qu’une fracture ne survienne. En 15 minutes, cet examen non invasif et couvert par la RAMQ sur ordonnance, permet de produire un score T que votre médecin va utiliser pour évaluer votre risque fracturaire et décider des prochaines étapes.
Vous avez déjà entendu parler de quelqu’un qui s’est fracturé la hanche en se levant d’une chaise? Ce n’est pas une exception. Une fracture sur deux liée à l’ostéoporose survient sans chute. Un mouvement ordinaire suffit. Et c’est souvent là que le diagnostic tombe : des os fragilisés depuis des années, sans le savoir.
Au Canada, plus de 2 millions de personnes sont atteintes par cette pathologie. La majorité ne ressent aucun symptôme avant la première fracture⁶ car l’ostéoporose n’est pas une maladie qu’on ressent mais une maladie que l’on découvre souvent trop tard.
Reconnaître les facteurs de risque, c’est faire acte de prévention. Si vous vous demandez si vous devriez passer une ostéodensitométrie, cet article vous aide à identifier vos facteurs de risque et à comprendre ce que l’examen peut révéler.
Ostéoporose : une maladie silencieuse
L’ostéoporose fragilise les os progressivement en leur faisant perdre leur densité minérale. Elle évolue au début sans douleur et n’alerte pas d’emblée les personnes qui en souffrent. La première manifestation visible est souvent une fracture, communément de la hanche, du poignet ou d’une vertèbre, qui survient après un choc mineur que des os en bonne santé auraient absorbés sans difficulté.
On parle alors de fracture de fragilité. Elle concerne 70 à 90 % des fractures de la hanche⁶ et représente l’une des causes les plus fréquentes d’hospitalisation et de perte d’autonomie chez les personnes de plus de 65 ans.
Une analyse américaine a d’ailleurs mis en lumière une situation préoccupante : une étude portant sur 149 524 femmes ménopausées (NORA, 2001) a montré que la majorité des fractures sont survenues chez des femmes dont le score T était supérieur à −2,5⁵, c’est-à-dire des femmes qui n’auraient pas été classées ostéoporotiques sur la base du score T seul. La densité osseuse est donc un facteur de risque parmi d’autres.
C’est précisément pour cette raison que le dépistage précoce existe. L’ostéodensitométrie est le seul examen d’imagerie capable de mesurer votre densité minérale osseuse avant qu’une fracture ne survienne et d’agir à temps.
Les situations qui justifient un dépistage
Les recommandations canadiennes¹ identifient plusieurs situations où une densitométrie osseuse est recommandée. Si vous vous reconnaissez dans l’une ou l’autre de ces situations, parlez-en à votre médecin ou à votre infirmière praticienne spécialisée.
L’âge et le sexe
◉ Femmes de 65 ans et plus
◉ Hommes de 70 ans et plus
L’âge reste le facteur de risque le plus déterminant. Après la ménopause, la chute des œstrogènes accélère la perte osseuse, ce qui explique pourquoi les femmes sont plus souvent atteintes par la maladie, et plus tôt.
Pour les femmes de 50 à 64 ans et les hommes de 50 à 69 ans, les recommandations canadiennes prévoient un dépistage dès que deux facteurs de risque ou plus sont présents, ou après une première fracture de fragilité survenue après 40 ans. Un examen précoce permet d’intervenir avant que la perte osseuse soit avancée.
Les antécédents personnels et familiaux
◉ Fracture survenue après 40 ans à la suite d’un choc mineur (ex. : chute de sa hauteur, effort de toux)
◉ Mère ou père ayant eu une fracture de hanche
◉ Ménopause survenue avant 45 ans, naturellement ou chirurgicalement
Une fracture de fragilité passée est l’un des indicateurs les plus forts de risque futur. Et les antécédents familiaux comptent : si un de vos parents a subi une fracture de hanche, votre risque est statistiquement plus élevé. Ce facteur est intégré dans le calcul FRAX qui mesure votre probabilité de fracture sur 10 ans.
Les médicaments et les maladies chroniques
◉ Prise de glucocorticoïdes (cortisone, prednisone) pendant plus de 3 mois
◉ Maladie inflammatoire chronique : polyarthrite rhumatoïde, maladie de Crohn, hyperthyroïdie
◉ Insuffisance rénale chronique ou malabsorption intestinale
Les glucocorticoïdes sont l’une des causes les plus fréquentes d’ostéoporose secondaire, c’est-à-dire une ostéoporose provoquée par un médicament ou une maladie, et non par l’âge. Si vous avez suivi un traitement de cortisone au long cours, même il y a quelques années, signalez-le à votre médecin.
La morphologie et le mode de vie
◉ Poids inférieur à 60 kg ou IMC inférieur à 20
◉ Perte de taille de plus de 2 cm
◉ Tabagisme actif ou consommation élevée d’alcool
◉ Alimentation pauvre en calcium ou faible exposition au soleil (vitamine D)
Ce que vous pouvez faire dès maintenant
Connaître vos facteurs de risque, c’est la première étape. L’autre, c’est de prevenir. Trois leviers sont validés par les recommandations canadiennes¹ pour ralentir la perte osseuse :
◉ Le calcium : 1 000 mg/jour avant 50 ans, 1 200 mg/jour après 50 ans. Sources alimentaires prioritaires : produits laitiers, sardines avec arêtes, légumineuses, tofu enrichi. Les suppléments peuvent compléter si l’alimentation ne suffit pas.
◉ La vitamine D : 800 à 2 000 UI/jour après 50 ans. Elle est indispensable à l’absorption du calcium : sans elle, votre organisme ne peut pas l’utiliser efficacement, quelle que soit votre alimentation.
◉ L’activité physique : au moins 30 minutes par jour. Deux types sont recommandés : les exercices d’équilibre (marche, tai-chi, yoga) pour réduire le risque de chute, et les exercices de résistance (musculation, élastiques, 2 fois par semaine minimum) pour stimuler la densité osseuse.
Ces habitudes ne remplaceront pas un traitement médicamenteux si votre risque est élevé. Mais elles peuvent ralentir la progression de la perte osseuse et, dans certains cas, retarder le recours aux médicaments. L’ostéodensitométrie vous donne une base de mesure pour évaluer leur effet dans le temps.
Pas de médecin de famille ? Depuis juillet 2024, un protocole de l’INESSS³ permet aux infirmières praticiennes spécialisées (IPS) d’initier une demande d’ostéodensitométrie sans ordonnance médicale. Renseignez-vous auprès de votre CLSC ou de votre GMF.
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Ce que l’ostéodensitométrie va vous révéler
Ce que l’ostéodensitométrie va vous révéler
L’examen dure environ 15 minutes. Vous restez habillé durant l’examen et aucune injection n’est nécessaire pour sa réalisation. Un technologue en radiologie effectue l’acquisition sur deux zones : la colonne lombaire et la hanche. Les données sont ensuite analysées par un radiologue et le rapport est transmis à votre médecin dans un délai habituel de 7 à 10 jours.
Ce rapport contient deux informations clés : le score T et, selon votre âge, le score Z.
Le score T : où vous situez-vous par rapport à une référence jeune adulte ?
Le score T compare votre densité osseuse à celle d’un jeune adulte en bonne santé, au pic de sa masse osseuse (25-30 ans). Il est exprimé en écarts types : plus le chiffre est négatif, plus la densité est basse.
Les quatre catégories définies par l’OMS :
| Score T | Catégorie | Ce que ça signifie |
|---|---|---|
| ≥ −1,0 | Normal | Densité osseuse dans les normes. |
| Entre −1,0 et −2,5 | Ostéopénie | Perte osseuse modérée nécessitant une surveillance. |
| ≤ −2,5 | Ostéoporose | Perte osseuse importante nécessitant un suivi médical. |
| ≤ −2,5 + fracture | Ostéoporose sévère | Perte osseuse majeure accompagnée d’une fracture de fragilité. |
Un score T de −2,5 ou moins confirme l’ostéoporose, mais un score normal ne signifie pas non plus l’absence de risque. Comme le montre l’étude NORA, la majorité des fractures surviennent chez des personnes dont le score T seul ne justifierait pas de traitement. C’est pour cette raison que votre médecin ne se base jamais sur le score T seul.
Le score Z : normal pour votre âge ?
Si votre rapport mentionne un score Z, il vous compare à des personnes du même âge et du même sexe. Il est principalement utilisé chez les femmes préménopausées et les hommes de moins de 50 ans pour repérer une perte osseuse anormale pour l’âge, souvent liée à un médicament ou une maladie.
Le FRAX et le CAROC : calculer votre risque fracturaire réel
Votre score T est un point de départ pour l’analyse complète de votre profil. Votre médecin va le croiser avec d’autres informations comme votre âge, votre poids, vos antécédents, vos médicaments, à l’aide de deux outils de calcul validés au Canada² :
◉ Le FRAX (Fracture Risk Assessment Tool) : estime votre probabilité de fracture majeure ou de fracture de hanche sur les 10 prochaines années
◉ Le CAROC (Canadian Association of Radiologists and Osteoporosis Canada) : classe votre risque en faible, modéré ou élevé selon les lignes directrices canadiennes
C’est ce calcul croisé (score T + facteurs de risque) qui détermine si un traitement médicamenteux est nécessaire ou si des changements de mode de vie suffisent.
Vos questions sur le dépistage
Pour les questions pratiques sur l’examen (douleur, RAMQ, préparation, délai, ordonnance), consultez notre FAQ dédiée sur la page du service.
Mon médecin m’a dit que j’avais de l’ostéopénie. Est-ce la même chose que l’ostéoporose?
Non. L’ostéopénie désigne une perte osseuse modérée : le score T se situe entre −1,0 et −2,5. C’est un signal à prendre au sérieux, pas une maladie. La majorité des personnes avec de l’ostéopénie ne développeront pas d’ostéoporose si elles adoptent de bonnes habitudes et font un suivi régulier.
Ce qui compte, c’est l’évolution dans le temps. Votre médecin vous recommandera probablement un suivi par ostéodensitométrie tous les 1 à 2 ans pour surveiller la progression.
Un score T normal signifie-t-il que je n’ai aucun risque de fracture?
Non, et c’est là l’un des messages les plus importants sur l’ostéoporose. L’étude NORA a montré que 82 % des fractures surviennent chez des femmes avec un score T supérieur à −2,5⁵. La solidité des os dépend aussi de leur microarchitecture, de votre risque de chute, de certains médicaments, et d’autres facteurs que le score T ne capture pas.
C’est pour ça que le score T est toujours interprété avec d’autres données, jamais seul.
À quelle fréquence faut-il repasser une ostéodensitométrie?
Tout dépend de votre situation. En général :
◉ Score T normal et peu de facteurs de risque : tous les 5 à 10 ans
◉ Ostéopénie : tous les 1 à 2 ans
◉ Sous traitement pour l’ostéoporose : tous les 1 à 2 ans pour évaluer l’efficacité
Votre médecin adapte la fréquence à votre profil de risque et aux résultats précédents.
À noter : la RAMQ couvre un maximum d’un examen par année civile. Si un suivi plus rapproché est justifié médicalement, certains examens supplémentaires pourraient être à votre charge.
Mon médecin a parlé du FRAX. C’est quoi exactement?
Le FRAX est un outil de calcul développé par l’OMS qui estime votre probabilité de subir une fracture majeure (hanche, vertèbre, poignet, humérus) dans les 10 prochaines années. Il croise votre score T avec une douzaine de facteurs de risque : âge, sexe, poids, tabagisme, alcool, antécédents de fracture, prise de cortisone, polyarthrite rhumatoïde, fracture de hanche d’un parent.
Le résultat est un pourcentage. Si votre médecin dit « votre FRAX est à 15 % », ça signifie que sur 100 personnes avec votre profil, 15 auront une fracture dans les 10 ans. C’est ce chiffre (pas le score T seul) qui guide la décision de traitement selon les recommandations canadiennes 2024².
J’ai 53 ans. Mon médecin m’a quand même prescrit une ostéodensitométrie. Pourquoi?
Le dépistage systématique commence à 65 ans pour les femmes, mais plusieurs situations justifient un examen bien avant : ménopause avant 45 ans, prise prolongée de glucocorticoïdes, fracture de fragilité après 40 ans, maladie inflammatoire chronique, poids très faible.
Si votre médecin a prescrit l’examen à 53 ans, c’est qu’il a identifié au moins un de ces facteurs dans votre dossier. Ce n’est pas de la prudence excessive : c’est exactement ce que les recommandations scientifiques prévoient¹.
Si mon score T révèle de l’ostéoporose, mon médecin va-t-il forcément me prescrire des médicaments?
Pas automatiquement. Un score T de −2,5 ou moins confirme l’ostéoporose, mais la décision de traitement dépend de votre risque fracturaire calculé (FRAX ou CAROC). Si ce risque est faible, des changements de mode de vie (activité physique, apports en calcium et en vitamine D, arrêt du tabac) peuvent suffire en première intention.
Un score T bas, c’est un signal d’alerte. Pas un verdict. La décision appartient à votre médecin, qui prend en compte l’ensemble de votre tableau clinique.
Ma mère a eu une fracture de la hanche. Mon risque est-il automatiquement élevé?
Les antécédents de fracture de hanche chez un parent sont un facteur de risque reconnu, intégré dans le calcul FRAX. Mais ce n’est pas une vérité absolue. Ce facteur génétique s’additionne à d’autres pour donner une probabilité globale.
L’avantage de le connaître : il permet d’initier un dépistage plus tôt et d’agir avant que la perte osseuse soit avancée. Parlez-en à votre médecin : c’est exactement le genre d’information qui justifie de prescrire l’examen avant 65 ans.
L’ostéoporose touche-t-elle aussi les hommes?
Oui, et c’est une réalité souvent sous-estimée. Environ 1 homme sur 5 au Canada subira une fracture liée à l’ostéoporose après 50 ans. Le dépistage systématique commence à 70 ans pour les hommes, mais peut être justifié bien avant : prise de corticostéroïdes au long cours, maladies inflammatoires chroniques, hypogonadisme, alcoolisme.
Les fractures de hanche sont généralement diagnostiquées plus tardivement chez les hommes, souvent parce que l’ostéoporose masculine est moins dépistée. Si vous avez plusieurs facteurs de risque, c’est un sujet à aborder avec votre médecin sans attendre 70 ans.
Sources :
Ostéoporose Canada. Actualisation 2023 des lignes directrices de pratique clinique. CMAJ ; 2023;195(46):E1585.
Lien vers la source
Canadian Association of Radiologists (CAR). Practice Guideline on Bone Mineral Densitometry Reporting, 2024 Update. Mai 2025.
Lien vers la source
INESSS. Protocole médical national : Initier un examen d’ostéodensitométrie à la suite d’une évaluation du risque fracturaire. Juillet 2024.
Lien vers la source
Siris, E. S., et al. (2001). Skeletal status of women entering menopause in the NORA study. Bone, N = 149 524.
Lien vers la source
INSPQ. Données épidémiologiques : ostéoporose au Québec, 2015-2016.
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